L’Anti-Livre Noir de la psychanalyse :
tromperie sur la marchandise



 
 
Le Livre Noir de la psychanalyse, paru en septembre 2005, se présentait comme le bilan critique d’un siècle de freudisme. Quarante historiens, philosophes, épistémologues, psychiatres, psychologues et patients de dix nationalités différentes y posaient quatre questions fondamentales :
1. Freud a-t-il dit la vérité sur ses découvertes et sur ses guérisons ?
2. La psychanalyse est-elle une méthode de soins et si oui, quelle est son efficacité comparée à d’autres méthodes?
3. Les prétentions de la psychanalyse à élaborer une théorie universelle du psychisme sont-elles légitimes?
4. Pourquoi un tel décalage entre l’hégémonie de la psychanalyse en France et son déclin dans le monde ?
L’Anti-Livre Noir de la psychanalyse, paru en février 2006 sous la direction de Jacques-Alain Miller, se présente, quant à lui, comme “une réplique” collective des psychanalystes au Livre Noir, dont il va jusqu’à mimer la couverture.  Il suffit pourtant d’en feuilleter le contenu pour se rendre compte qu’il y a tromperie sur la marchandise.  Cet Anti-livre n’est aucunement une réponse au Livre Noir. La grande majorité des 47 textes qui y figurent ne sont qu’un recyclage des exposés présentés au “Forum Anti-TCC” , qui s’est tenu au Méridien-Montparnasse sous les auspices de l’Ecole de la Cause Freudienne, le 9 Avril 2005, c’est-à-dire 5 mois AVANT la parution du Livre Noir de la Psychanalyse. On mesurera l’envergure du bluff en remarquant que le Livre noir n'est quasi jamais cité : mis à part la préface de J.A. Miller, il n’est évoqué que dans trois textes .
De quoi s’agit-il ? En réalité, d’une charge violente d'abord contre l'INSERM, jugé coupable de la première évaluation, en France, des résultats de trois formes de psychothérapies, ensuite contre les TCC, et enfin contre les psychanalystes de l’Association Psychanalytique Internationale qui seraient tentés d’entamer un dialogue avec les praticiens des TCC, en acceptant le principe d'évaluations comparatives des diverses psychothérapies, évaluations réclamées par les patients et leurs associations.
Ce débat entre les psychanalystes et les TCC au sujet de l’évaluation des soins est important, légitime, et il va se poursuivre.  Il est pourtant loin d’épuiser le débat bien plus global qu’a ouvert le Livre Noir au sujet de la psychanalyse. Faut-il rappeler que sur les 40 auteurs du Livre Noir, seuls 9 sont d’obédience TCC,  et que bien d’autres courants de psychothérapie y sont représentés (thérapies familiale, interpersonnelle, humaniste, ethnopsychiatrie) ?  Faut-il rappeler les centaines de pages qui y sont consacrées à la critique historique, épistémologique, sociologique ou clinique de la psychanalyse ?
Or sur tous ces points, où est donc la “réplique” annoncée par l’Anti-livre?
1. Rien sur les découvertes multiples et convergentes des historiens sur la manipulation par Freud de ses “données” cliniques, ainsi que de l’histoire de ses “découvertes”. Étant donné l’ampleur du défi posé par la critique historique, ce silence est tout simplement ahurissant.
2. Pas un mot sur les échecs thérapeutiques de Freud et de ses disciples, ni sur l’incapacité avérée de la psychanalyse à traiter la schizophrénie, les troubles bipolaires, les phobies, les obsessions-compulsions, le stress post-traumatique, la dépression, l’autisme infantile, la toxicomanie, et tant d'autres troubles.
3. Pas la moindre tentative de réponse aux critiques de type épistémologiques sur l’irréfutabilité des thèses psychanalytiques, sur le caractère spéculatif ou philosophique des doctrines de Freud et de Lacan, sur la malléabilité de ces théories “caméléon“, sur la contamination des données cliniques par la “suggestion” ou le “conditionnement”.
4. Le déni de l’exception française est tout aussi symptomatique. Est-il normal que la psychanalyse soit une pensée unique dans l’enseignement, chez les travailleurs sociaux et, encore souvent, dans les médias (thèses doltoïennes pour l’éducation)? Sait-on que plus de la moitié des facultés de psychologie n’enseignent, pour seule méthode psychothérapique que la psychanalyse ? Les patients savent-ils toujours qu’il existe d’autres formes de psychothérapie que le coûteux divan et que d’autres lieux ne proposent en fait qu’une “psychanalyse masquée” (CMPP, Centres de Guidance) ?
Enfin, pas une allusion aux reproches adressés à Freud et à bon nombre de psychanalystes pour leurs positions systématiquement rétrogrades sur la sexualité et la psychologie féminines, la masturbation, l’homosexualité et l’homoparentalité.

Les psychanalystes de l’Ecole de la Cause Freudienne n’ont-ils donc rien à dire sur tous ces sujets ?  Ou bien admettent-ils implicitement la validité des critiques du Livre Noir ?  Le fait est qu’après lecture de leur Antilivre, on n’en sait strictement rien.
Le Livre Noir invitait au débat, l’Antilivre l’évite.  Le Livre Noir appelait la controverse, l’Antilivre se complaît dans le persiflage et les attaques ad hominem. Le Livre Noir s’adressait au public dans une langue compréhensible par tous, dans l’Antilivre les lacaniens parlent aux lacaniens: quel intérêt ?
Nous attendons toujours le vrai Anti-Livre Noir de la psychanalyse, dans lequel les psychanalystes, toutes écoles confondues, sauront se montrer enfin à la hauteur du défi global qui leur est adressé.   Le gant n’a pas encore été relevé.
 
 

Catherine MEYER, Mikkel BORCH-JACOBSEN, Jean COTTRAUX,
Didier PLEUX, Jacques VAN RILLAER


 


ANNEXE
FORUM ANTI-TCC
FORUM DU 9 AVRIL
14h-19h non-stop au Méridien-Montparnasse
LE PROGRAMME

 
 

Les interventions qui suivront la première séquences seront nécessairement brèves. Les textes intégraux paraîtront dans le numéro de rentrée de la revue La Cause freudienne (Christina Alberti, rédactrice en chef, <alberti@magic.fr>).

Jacques-Alain Miller : Accueil
Lilia Mahjoub : Bienvenue

1 – Première séquence

Catherine Clément, Ouverture du Forum
Alain Abelhauser, Discours au Pr Bréchot
Gérard Miller, Dialogue avec des méconnus.

2 – L’Inserm et ses expertises collectives

Jean-Claude Maleval, Après le rapport de l’Inserm (1)
Pierre Sidon, Après le rapport de l’Inserm (2)
Sophie Bialek, Avant le rapport de l’Inserm
Catherine Lazarus-Matet, Le rapport de l’Inserm (1)
Agnès Aflalo, Le rapport de l’Inserm (2)

3 – Les TCC

François Leguil, La question et les questionnaires
Carole Dewambrechies-La Sagna, La clinique du Dr Cottraux
Philippe La Sagna, Les TCC et les sectes
Catherine Lacaze-Paule, Les TCC avec le Dr Pangless
Valérie Pérat-Guillot, DSM IV-TCC-Psychochirurgie
Éric Laurent, Les TCC virtualisées

4 – D’Europe
Italie. Maurizio Mazzotti, Les TCC dans les institutions
Belgique. Philippe Hellebois, L’ire hilarante du Pr Rillaer
Grèce. Nassia Linardou-Blanchet, L’Amérique si proche, si lointaine
Espagne. Manuel Fernandez-Blanco, Normo-praxis et bureaucratie
Royaume Uni. Intervention

5 – Médias

Dominique Laurent, Les TOC dans The Aviator
Pose-Paule Vinciguerra, Lecture du magazine Psychologies
Marlène Belilos, Le bon docteur  Meunier
Françoise Labridy, Des sportifs sous influence

6 – Cas TCC

Esthela Solano-Suarez, Les malheurs de Roberta
Monique Amirault, Un cas vraiment très original
Hélène Bonnaud, Le témoignage de Clara
Véronique Mariage, Paroles d’enfant sous l’emprise TCC

7 – Symptômes TCC

Jean-Pierre Klotz, S’occuper du symptôme
Pierre Stréliski, “ Walden 2 ” n’est pas un roman
Yasmine Grasser, La Fondation Skinner
Alexandre Stevens, Un essai des Teacch
Christiane Alberti, Rhétorique et pratique de Teacch
Pascal Pernot, Le canard, les caniches et le chevreuil
Jean-Pierre Rouillon, Culpabilité et dressage (sur l’autisme)
Anne-Marie Lemercier, “ Les réussites de la thérapie brève ”, de Fisch et Schlanger.

8 – Les TCC devant la psychanalyse

Hervé Castanet, Une science officielle
Marga Karz-Mendelenko, Le pousse au meurtre du sujet
Hélène Deltombe, Les TCC, crime contre l’inconscient
Herbert Wachsberger, La psychanalyse en compétition  avec les TCC
Marie-Claude Sureau, Une leçon lumineuse de Lacan
Marie-Hélène Brousse, Pourquoi la psychanalyse fait le poids.



 

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