Un résumé
de la véritable méthode scientifique :
(modifié le
25/06/2004).
Un site intéressant sur la démarche scientifique et ses différents aspects.
Pour
un résumé de Karl R. Popper lui-même, outre "La
logique de la découverte scientifique", le lecteur pourra avantageusement
se reporter au livre suivant : "Les deux problèmes fondamentaux
de la théorie de la connaissance" (Karl R. Popper, "La méthode
de falsification empirique". Edition : Hermann, 1999, pages : 450 à
454).
Citations tirées du livre de Mikkel Borch-Jacobsen et Sonu Shamdasani : "Le dossier Freud. Enquête sur l'histoire de la psychanalyse." Edition Les Empêcheurs de Penser en Rond, Le Seuil, Chapitre 2, pages 171 à 174 :
- Adolf WOHLGEMUTH : "On trouve partout [chez Freud] une ignorance quasi complète de la littérature et des résultats de la psychologie moderne, de la méthode expérimentale et de la logique."
- Erwin STRANSKY, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : "L'ignorance systématique des travaux des autres chercheurs et le refus systématique de s'ouvrir à leurs critiques sont un des traits distinctifs de l'obédiance psychanalytique."
- William STERN, Congrès de Breslau, le 13 et 14 mai 1913 : "Les psychanalystes, qui reprochent régulièrement à leurs adversaires leur ignorance professionnelle, travaillent eux-mêmes dans ce domaine [la psychologie de l'enfant] en dilettantes complets ; la recherche scientifique sur les enfants on bien n'existe pas pour eux, ou bien est soumise à toutes sortes de remaniements interprétatifs jusqu'à ce qu'elle puisse être rattachée à leur système conceptuel."
- Morton PRINCE : "Dans la poursuite de ces recherches [psychanalytiques], on a trop négligé de très nombreux faits et données psychopathologiques accumulés par les patientes recherches d'autres observateurs. C'est un peu comme si un bactériologiste avait limité ses recherches à l'étude d'un seul bacille et avait négligé la masse de connaissances acquises dans le domaine bactériologique dans son ensemble."
- Alfred HOCHE : "Comment un tel mouvement [psychanalytique] est-il possible
? Sans aucun doute, la condition négative en est d'abord et avant
tout le manque de sens historique et de formation philosophique des adeptes
portés au fanatisme de la doctrine."
Lorsque les hommes de science veulent améliorer leurs connaissances
objectives d'un problème ou d'un phénomène particulier,
ils doivent tout d'abord posséder une théorie qui tente d'expliquer
le problème en question. Ils doivent donc émettre une conjecture
explicative du problème qui prendra la forme d'un constat d'une
certaine régularité. Par exemple : "il semble que toutes
les fois que certaines conditions sont réunies, nous obtenons tel
phénomène chimique ou biologique...". Comme on le voit cette
première conjecture, ce point de départ, doit prendre la
forme d'un énoncé universel. Dans un contexte authentiquement
scientifique, cette première approche du problème à
résoudre, formulée, comme nous l'avons dit, en conjecture
d'une certaine régularité, dépendra fortement du "savoir
acquis" déjà corroboré. Ce savoir participe
à l'approche du problème dans la construction de la nouvelle
conjecture en permettant aux scientifiques de "voir" ce nouveau problème
parce qu'ils peuvent formuler des hypothèses sur les conditions
intiales de son apparition. Le "savoir acquis", est donc nécessairement
partie constitutive du système d'attentes perceptives objectif des
scientifiques sur le problème étudié.
Ensuite, ils doivent rechercher les moyens d'améliorer les pouvoirs
explicatifs de leur conjecture en en augmentant le contenu empirique corroboré,
c'est-à-dire en augmentant le contenu de ce qu'elle peut dire du
problème à résoudre ou du phénomène
à expliquer. Pour cela, et ainsi que le montre Popper dans "la logique
de la découverte scientifique", la méthode scientifique revient
toujours à essayer de mettre à l'épreuve la théorie
en lui demandant de prédire qu'elle ne sera pas réfutée
si on lui oppose une autre théorie concurrente. Par cette mise à
l'épreuve de son contenu explicatif et prédictif, les scientifiques
espèrent que leur théorie sera corroborée (le sens
commun aime dire, à tort, "confirmée", ce qui laisse souvent
croire que les scientifiques recherchent activement des "confirmations"
ou des "vérifications" plutôt que des réfutations).
Mais ils savent que tenter de réfuter est inévitable et nécessaire
pour apprendre quelque chose de nouveau, ils savent que même en cas
de réfutation de leur théorie, le savoir progressera
aussi. En d'autres termes, le pouvoir informatif et explicatif d'une
théorie (son contenu empirique) progresse s'il parvient à
résister à la prédiction de nouveaux faits qui pourrait
la réfuter en l'obligeant à être reformulée
donc à être reconnue comme fausse dans sa formulation initiale.
Par conséquent lorsque les scientifiques veulent essayer de réfuter
une théorie, ce qui constitue bien leur méthode de travail,
ils tentent de dériver (ce processus de dérivation est
exclusivement déductif et ne peut jamais relever d'une quelconque
induction) de sa base empirique, constituée par la classe des
énoncés de base de la théorie, un énoncé
contradictoire susceptible d’être soumis à un test : un "énoncé
de base" sous la forme "il y a...tel événement E potentiellement
capable de contredire la théorie T sous certaines conditions initiales
C . Encore faut-il que la conjecture que l'on veut ainsi essayer de réfuter
soit formulée de telle façon qu'elle admette l'existence
d'une classe d'énoncés contradictoires, ou qu'elle ne soit
pas sans cesse reformulée pour éviter ce genre de "contradictions"...
Puis, si cet énoncé est confirmé par le test, c’est-à-dire
" qu’il y a bien tel ou tel événement se produisant
" pourtant interdit par la théorie, alors la théorie est
réfutée, par la confirmation d’un de ses falsificateurs potentiels
ou énoncés de base. Par contre, si le test infirme l’énoncé
de base, c’est-à-dire " qu’il n’y a pas tel ou tel événement
qui se produit et que la théorie interdit bien de se produire
", alors la théorie est corroborée. Mais que signifie exactement
une corroboration, au sens de Popper évoqué ici ? Une théorie
ne peut être corroborée que si le test qu’elle passe avec
succès est inscrit dans une tradition précédente de
recherche ou des tests antérieurs logiquement déductibles
les uns par rapports aux autres, c’est-à-dire si le nouveau test
qui a permis de la corroborer a été déduit d’un précédent
en lui demandant une mise à l’épreuve supplémentaire,
inédite, c’est-à-dire un contenu supérieur. Donc lorsqu'une
théorie passe avec succès un nouveau test, plus sévère
parce que plus riche en contenu, ou comportant un obstacle inédit
pour elle (un obstacle qui aura pu être construit grâce
à de nouvelles avancées technologiques ou théoriques
permettant de nouveaux tests plus sévères), alors elle
nous apprend indiscutablement quelque chose de nouveau, en réussissant
à incorporer davantage de contenu et devient toujours plus improbable
et falsifiable. Il y a donc bien un critère de progrès scientifique
(défini
par Popper dans le chapitre 10 de " conjectures et réfutations ")
qui est le degré d’improbabilité logique d’une théorie
puisque plus une théorie à de contenu corroboré, plus
elle prend de risques à "prédire l’avenir" (le
contenu corroborré d'une théorie en aérodynamique,
par exemple, permettra de prédire que si l'on construit un
avion ou une fusée de telle manière, son vol sera amélioré,
ou mieux sustenté, selon certaines conditions précisées
par la théorie), plus elle est donc falsifiable, c’est-à-dire
que c’est le degré de falsifiabilité, dépendant du
degré de corroboration qui est le témoin du progrès
scientifique. La corroboration ne signifie donc jamais la stagnation dans
le domaine de la Science empirique, les tests qui permettent une corroboration
scientifique sont relatifs les uns aux autres et ont leur histoire…Si les
hommes de science arrêtaient leurs recherches à partir d’un
certain degré de corroboration, il n’y aurait plus de progrès
scientifique, mais une science constituée jusqu’à un certain
point.
Il
est donc impossible de produire une connaissance scientifique en
ignorant ou en faisant table rase de la tradition de recherche qui a pu
se pencher auparavant sur le problème que l'on se donne comme objet
d'étude. La recherche scientifique impose au chercheur d'être
avant tout un historien passionné et érudit de son objet
de recherche, s'informant inlassablement des dernières évolutions
en matière de test qu'il est possible de faire subir à cet
objet. De ce fait, une connaissance scientifique ne peut être une
"révélation du Néant" (ou même une espèce
d'auto-révélation, comme la prétendue scientificité
de la découverte du complexe d'Oedipe par Freud), elle ne peut démarrer
de zéro ou même de l'observation passive (ou pure des faits),
puisque toute observation est forcément imprégnée
de théorie, c'est-à-dire guidée par une théorie
sélective sur l'objet à observer, théorie plus ou
moins performante dont l'évolution est lisible par son histoire.
Les "faits scientifiques" ne tombent pas dans notre esprit comme s'il s'agissait
d'un seau vide à remplir de connaissances, ils dépendent
de théories sélectives consciemment formulées,
qui après avoir été testées, permettent de
les accepter ou de les rejeter. Puisque les scientifiques doivent connaître
leur tradition de recherche, la recherche scientifique a donc des aspects
sociaux : il est logiquement indispensable
que les scientifiques communiquent, discutent,
en échangeant leurs points de vue sur leurs travaux et en organisant
une concurrence objective et contrôlée entre leurs programmes
de recherche, lesquels ne peuvent conserver leur valeur heuristique en
restant isolés de tout contexte concurrentiel concrétisé
par l'existence d'autres programmes pour un objet d'étude commun.
Il est donc inévitable que ce genre de discussion
aboutisse à la construction de tests communs, répétables,
intersubjectifs, lesquels ne peuvent être absolus et définitifs.
Ces tests sont les moyens de ce que Popper nommait : "le
rationnalisme critique".
Un
exemple de conception erronée de la démarche
et
de la méthode scientifique :
"La richesse des observations fiables sur lesquelles les affirmations de la psychanalyse reposent les rendent indépendantes de vérifications expérimentales." (Lettre de Freud à Rosenzweig. 1934).
"Hypotheses non fingo, disait Newton. Freud, lui, déclare bien forger une hypothèse ou "supposition" (Annahme), celle de l'inconscient psychique, en ce sens qu'il induit, comme proposition, d'une série d'observations soumise au contrôle de l'expérience et qu'il la vérifie a posteriori par un raisonnement hypothético-déductif [...]"Ce que nous dit le patient en analyse est parfois en rapport avec ses véritables problèmes, mais c'est toujours en rapport avec les dogmes de l'analyste. Celui-ci filtre ce qui s'accorde avec ses prémisses et plie les associations du patient à ses cadres interprétatifs; l'analyste est en outre largement responsable des thèmes qui apparaissent. Les prédictions qu'il formule dès les premières séances se vérifient parce qu'elle sont posées au départ. Le psychanalyste déclare qu'une série de fantasmes n'apparaissent que dans la cure : c'est exact, mais il oublie que c'est la situation qui les suscite et les modèle. Lorsque les aveux de l'analysé s'accordent avec ses préjugés, le psychanalyste dit que les résistances sont vaincues et que le transfert est positif. Le bon patient, c'est le bon élève, celui dont les paroles sont l'écho de la doctrine. L'analyste croit être le miroir de son patient. En fait c'est le patient qui est un miroir. L'analyste est tout heureux de retrouver dans les paroles de l'analysé le scénario qu'il lui a "soufflé"; il est chaque jour un peu plus convaincu de détenir la Vérité."
(In: Jacques Van Rillaer. "Les illusions de la psychanalyse.". "Le programme psychanalytique". Edition: Mardaga. Page 202.)
Commentaire : comparer Freud et Newton ?...
"...soumise au contrôle de l'expérience..." (!) Mais Freud
n'a jamais procédé à aucune expérience qui
ait pu mériter le label de scientificité et pour cause :
aucun contrôle intersubjectif, aucune répétabilité
de tests indépendants et extracliniques, lesquels, de toute façon
n'ont jamais existé. Formuler l'expression : "...soumise au contrôle
de l'expérience..." à l'endroit de Freud relève donc
du mensonge pur et simple et de la désinformation, deux procédés
pour lesquels, il est vrai, les psychanalystes sont passés maîtres.
Mais comme toujours, certains s'imaginent que "plus c'est gros, mieux ça
passe".
"Il (Freud) formule une hypothèse ferme induite
de la parole névrotique et en déduit
rigoureusement les conséquences."
(Paul Laurent
Assoun, psychanalyste, in : Sciences et avenir, hors-série, n°127,
juillet août 2001).
Commentaire : oui, si la méthode inductive était réellement la méthode des sciences permettant de "justifier" des énoncés universels, alors, en n'en pas douter, la psychanalyse serait une science au même titre que n'importe quelle autre science de la Nature. Or, Assoun, soit ignore complètement en quoi peut bien consister la véritable méthode scientifique depuis Karl R. Popper (lequel a démontré que, d'une part, il ne pouvait y avoir de méthode inductive reposant elle-même sur un principe d'induction qui soit utilisable comme critère de démarcation entre énoncés scientifiques et métaphysiques, et d'autre part, que puisque de part leur forme logique, les énoncés universels de la science ne peuvent être vérifiés de façon certaine par aucune méthode inductive ou positive, ils peuvent en outre être réfutés par la déduction puis la mise à l'épreuve de leur base empirique d'une hypothèse falsifiante), soit a arrêté son horloge épistémologique au temps du Cercle de Vienne (quoique dans ce cas il lui faudrait éliminer les énoncés sur l'inconscient, tous de nature métaphysique). En effet, puisqu'il ne peut y avoir d'observation pure des faits, (Kant : "nous ne connaissons à priori des choses que ce que nous y mettons nous-mêmes." Popper démontre également, dans "La connaissance objective", que les faits ne tombent pas en nous comme dans un seau vide, et que de ce fait, le progrès de la connaissance suppose toujours la mise à l'épreuve des conjectures que nous pouvons formuler sur les problèmes) on se demande comment "la parole névrotique", caractérisée en tant que telle, a pu être identifiée sans qu'une théorie des névroses n'ait été, au préalable, supposée. Personne, pas même Freud "découvrant" les névroses, ne peut dire sans avoir clairement conjecturé à priori leur existence : "tiens, voilà mes névroses tant recherchées." C'est comme si un paléantologue découvrant pour la première fois une dent de dinosaure, était en mesure de dire, sans même avoir supposé le terme "dinosaure" : "tiens, la voilà ma dent de dinosaure que je recherchais." Par conséquent, la base empirique de l'hypothèse qui sous-tend ce que l'on peut qualifier de névrotique dans "la parole névrotique", ne peut être composée que d'énoncés singuliers d'observation qui la confirment positivement, c'est-à-dire d'observations qui ne peuvent être réalisées qu'à la lumière de la théorie des névroses, laquelle n'a jamais été testée de manière indépendante et extra-clinique. Mais, comme l'a démontré Popper, cette catégorie d'énoncés de la base empirique n'entrant pas en contradiction avec la théorie, ne risquent pas d'en révéler son contenu (empirique), c'est de la deuxième catégorie d'énoncés de la base empirique, ceux qui contredisent potentiellement la théorie, que l'on peut, après un test, révéler le contenu empirique de la théorie des névroses.
Assoun dit ensuite : "et en déduit rigoureusement les conséquences." Certes, cela ressemble ici à la méthode scientifique, car, une fois qu'une hypothèse est formulée sous la forme d'un énoncé universel au sens strict, nous pouvons tenter d'en déduire des conséquences testables. Mais en quoi consistent ces "conséquences testables" ? Qu'ont-elles de particulier ?
On peut
envisager 3 cas, qui finalement, diffèrent assez peu les uns des
autres :
1°
cas :
Dans ce premier cas, les conséquences testables de la théorie
que l'on met à l'épreuve expérimentale, consistent
en la prédiction de faits potentiellement contradictoires et déductibles
de la théorie, qui, si ils sont infirmés
par le biais d'une hypothèse falsifiante,
(déduite de la classe des énoncés de base de la théorie
et construite sur la conjecture que ces "faits existent" et peuvent réfuter
la théorie), laquelle tentait de les
confirmer pour réfuter la théorie testée,
permettent la corroboration de la valeur heuristique de la théorie
initialement testée, puisque cette théorie a réussi
à prouver que, telle qu'elle était formulée
avant le test, elle a resisté à
la prédiction de nouveaux faits jugés susceptibles de la
réfuter (falsifier) . En d'autres termes, la nature d'un test
proposé revient à demander à la théorie de
prouver qu'elle n'est pas réfutée par la confirmation
expérimentale d'un de ses falsificateurs
potentiels, c'est-à-dire, un fait
contradictoire (un "non-x", quand "x"
représente un énoncé permis par la théorie)
ou qui lui demanderait d'être reformulée
pour rendre compte d'un contenu empirique supérieur.
2°
cas :
On peut également rendre compte de ce processus du progrès
de la connaissance scientifique en disant qu'une théorie scientifique
prouve la réelle valeur heuristique de son contenu quand elle permet
de prédire que certains événements inédits
se réaliseront ou pourront être observés, lesquels
si ils ne se réalisent pas ou ne sont pas observés, peuvent
être considérés comme une réfutation de la théorie.
Par exemple, l'observation d'une nouvelle planète ou une nouvelle
particule. Bien que rejetant le critère de démarcation de
Popper, Lakatos insiste particulièrement sur cet aspect, en décrivant
ce qu'il nomme "l'heuristique positive" d'un programme de recherche.
En pareil cas, la nature des faits à prédire diffère
un peu de celle à laquelle nous avons fait allusion précédemment
: dans cette catégorie, les faits à prédire
peuvent ne pas constituer en eux-mêmes des négations
pure et simple de la théorie ou quelque chose qui équivaudrait
à une négation, ou une contradiction de la théorie.
Ces faits sont inédits parce qu'ils nécessiteraient, à
première vue, une théorie plus englobante, donc révisée
dans sa formulation de base, pour l'ancienne théorie, mais pas pour
celle qui est sensée permettre ces nouvelles observations.
De ce point de vue les conséquences testables d'une théorie
scientifique consistent en ce que ces conséquences, déductibles
de la théorie, la mettent toujours à l'épreuve en
lui demandant de réaliser une prédiction inédite.
Si cet énoncé d'observation a vraiment une valeur inédite
objectivement reconnue, il sera donc toujours un falsificateur potentiel
de la théorie. On retrouve donc ici, la logique de la découverte,
qui consiste toujours à mettre à l'épreuve les théories,
donc à tenter de les réfuter. Lorsque nous disons qu'une
théorie doit permettre de prédire tel événement,
cette prédiction consititue une tentative de réfutation.
Si la prédiction se réalise la théorie est corroborée,
si elle ne se réalise pas la théorie est réfutée
par l'intermédiaire de l'une de ses conséquences déduites.
3°
cas :
Une théorie prouve sa valeur scientifique et heuristique également
si elle permet de prédire que certaines applications pratiques,
par exemple technologiques, seront possibles et sont effectivement réalisées,
ce qui est un peu semblable à ce que nous avons dit précédemment.
Dans ce cas il y a aussi mise à l'épreuve de la théorie
dans le sens où l 'hypothèse falsifiante de telles théories
amènerait à tester et confirmer que l'on ne peut réaliser
telle nouvelle machine. Dans ce sens, les scientifiques s'attendent logiquement
à ce que l'hypothèse falsifiante soit confirmée tout
en espérant qu'elle ne le sera pas et donc que la théorie
intialement testée sera corroborée par la preuve qu'elle
permet la conception d'une nouvelle technologie. En somme dans ce dernier
cas les scientifiques semblent dire à leur théorie : "si
tu es vraiment une bonne théorie scientifique, tu devrais être
capable de nous permettre telle application pratique.." Si ce problème
est effectivement posé par les scientifiques c'est logiquement qu'ils
envisagent à la fois une issue positive et négative
du problème parce que ce problème consiste en fait en une
question posée à leur théorie, question qui est nécessairement
chargée d'incertitude (une alternative) quant à la réponse.
Ce qu'il faut bien comprendre ici c'est que la seule hypothèse qui
peut être testée en pareil cas, comme hypothèse falsifiante
de la théorie, c'est : "non , sous certaines conditions initiales
bien définies, cette théorie ne nous permet pas la fabrication
de cette machine..."
Comme on vient de le voir en résumé, tester une théorie scientifiquement revient toujours à essayer de la réfuter...pour la corroborer. Les scientifiques espèrent le plus souvent qu'il y aura une corroboration. Une réfutation revient à démontrer que la théorie testée est fausse parce que niée ou contredite par un de ses falsificateurs potentiels, ou bien fausse parce qu'incomplète, pas suffisamment englobante ou générale, et enfin réfutée ou comportant une part de fausseté parce qu'incapable de permettre la réalisation de certaines choses ou d'autres observations.
Mais dans le cas des étiologies spécifiques développées par Freud pour les différentes sortes de névroses (ces étiologies ont été développées pour adapter la théorie des névroses à presque tous les cas...), il n'y a, faute de conditions initiales expérimentales strictes qui soient reproductibles de manière indépendante et extra-clinique, aucun moyen pour la psychanalyse d'utiliser la théorie des névroses dans un sens authentiquement prédictif et heuristique. Si l'on découvre que la théorie des névroses est "fausse" ce n'est pas parce qu'une partie de son contenu empirique a été réfutée empiriquement sur la base d'une hypothèse falsifiante, c'est plutôt parce que l'on découvre qu'elle est plutôt sans fondement, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de preuves indépendantes qui autorisent la suppostion que les confirmations positives de l'hypothèse des névroses soient fondées comparativement à d'autres types de confirmations (le genre de preuves qui peut être logiquement déduit de la théorie des névroses mais qui n'entre pas, à priori, en contradiction avec elle. Autrement dit, le type même d'énoncé singulier possible, à partir de la théorie des névroses, entrant dans la sous-catégorie "a)" décrite ci-après) : quelles sont les raisons objectives et testées expérimentalement qui ont permis à Freud d'éliminer certains types de confirmations positives au profit d'autres ?.
Par exemple et d'un point de vue plus général :
- De l'énoncé (E) : "Tous
les cygnes sont blancs", on peut déduire
sa base empirique composée des deux sous-classes suivantes :
- a) la sous-classe
des cygnes blancs observés jusqu'à aujourd'hui, et observables
dans le passé et le futur (1)
- b) la sous-classe
des cygnes non-blancs (rouges, noirs, gris, etc...) que l'on a pas encore
observés.
- a) et b)
constituent la classe des énoncés de base de la théorie
(E) : "Tous les cygnes sont blancs".
Mais comment
progresserait notre connaissance sur la couleur des cygnes ? La seule manière,
on le voit, est de demander à la théorie de prédire
qu'il n'y a effectivement pas de cygne non-blanc, même si on lui
oppose, à titre d'hypothèse
falsifiante,
(hypothèse proposée pour la construction d'un test dans
le but de falsifier ou réfuter (E) si cette même hypothèse
est confirmée par le test) que l'on peut, sous certaines
conditions initiales, (car on ne peut déduire aucun énoncé
de base d'aucun énoncé universel sans conditions initiales.
Lire Karl R. Popper, in : "la logique de la découverte scientifique",
édition Payot, pages 100 à 102) observer un cygne
noir (dans tel pays, à tel heure, etc...) qui constitue bien un
fait
inédit pour la théorie en dehors
de cygnes blancs déjà connus par l'intermédiaire de
cette théorie. Par conséquent, notre connaissance objective
sur la couleur des cygnes, progressera si et seulement si nous parvenons
à démontrer qu'il peut y avoir des cygnes non-blancs, c'est-à-dire
si l'on parvient à réfuter (E), et même si (E) est
corroborrée, c'est-à-dire si la tentative de réfutation
échoue. Ce qui est important de comprendre ici, c'est
la possibilité de la mise à l'épreuve de (E) : si
(E) peut effectivement être mise à l'épreuve par l'intermédiaire
d'un test empirique lui demandant de prédire quelque chose d'inédit,
la connaissance progressera qu'il y ait corroboration ou réfutation
de (E). Dans les deux cas nous apprendrons quelque chose de nouveau sur
la couleur des cygnes comme nous allons le démontrer dans ce qui
suit.
Partant de cette situation, il y a deux cas de figure :
1°) Si l'hypothèse falsifiante
est infirmée
et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire
s'il reste impossible d'observer un cygne noir selon les mêmes conditions
initiales pré-définies lesquelles dépendent de la
théorie testée, alors la théorie (E) est corroborée
et nous apprend quelque chose de nouveau
: "il n'y a pas de cygnes non-blancs (ou
"autres que blancs") qui puissent être noirs". D'où,
il
demeure que (E) : "Tous les cygnes
sont blancs (et non-noirs)". Ce dernier fait était inconnu
avant le test et constitue bien une nouveauté
apprise, laquelle engendre un nouveau
problème pour le progrès de
la connnaissance sur la couleur des cygnes, celui de tester par exemple
la théorie: "tous les cygnes sont blancs et non-noirs". Autrement
dit : "existent-il des cygnes qui soient à la fois autres que blancs
et autres que noirs ?" Ceci constitue le contenu du nouveau problème
issu de la corroboration du premier énoncé : "tous les cygnes
sont blancs".
2°) Si l'hypothèse falsifiante
est confirmée
et continue de l'être de manière intersubjective, c'est-à-dire
si l'observation d'un cygne noir (on en trouve en Australie), (observation
qui prend la forme d'un énoncé
singulier relatif à des coordonées spatio-temporelles,et
non d' un énoncé existentiel
au sens strict), est reproductible
selon des conditions initiales pré-définies, alors la théorie
"Tous
les cygnes sont blancs"
est
réfutée
et sa réfutation nous apprend aussi quelque chose de nouveau : "il
n'y a pas de cygnes qui puissent être non-blancs ou non-noirs". D'où
la nouvelle formulation : "Tous les cygnes
sont blancs ou bien noirs". Cette dernière
formulation interdit les cygnes "non-blancs" ET les cygnes non-noirs"...
Elle sera à son tour réfutée si l'on observe un cygne
rose qui n'est pas un flament, et donnera, en cas de réfutation
: "Tous les cygnes sont blancs, ou bien noirs,
ou
bien roses." etc... (Comme dans le cas
précédent, ce dernier énoncé, engendrera de
nouveaux problèmes pour l'amélioration de la connaissance
scientifique sur la couleur des cygnes).
Pour en revenir à notre propos, celui de la validation de la théorie
des névroses, la "réfutation" de la théorie
n'entraîne pas d'augmentation de son contenu empirique "corroboré",
mais une diminution, (il n'y a pas de nouveau problème à
élucider qui surgit de l'échec d'une telle théorie
: sa valeur heuristique devient presque nulle) voire la preuve d'une absence
totale de fondement : un cas positif (et
par voie de conséquence, peut-être plusieurs autres)
appartenant à la sous-classe du type "a)"
se trouve éliminé. En renouvelant d'autres expériences
de ce type, il est probable qu' il ne reste plus que des mots, une idée
hégélienne, un mésusage du verbe
complètement métaphysique. (2)
"J'estime que l'on ne doit pas faire de théories - elles doivent tomber à l'improviste dans notre maison, alors qu'on est occupé à l'examen des détails." (lettre de Freud à Ferenczi, cité par Paul Laurent Assoun, in : Sciences et avenir, hors série, n°127, juillet août 2001).
Commentaire : c'est la "théorie de l'esprit-seau" (erronée)
dans toute sa splendeur. (Lire Karl R. Popper in : "La connaissance objective").
"Le succès de l'entreprise scientifique
s'évalue (...) traditionnellement à la capacité
qu'ont les chercheurs de déshistoriciser leurs descriptions, de
les rendre indépendantes des vicissitudes individuelles, sociales,
matérielles, climatiques, chronologiques, qui ont jalonné
leur travail et en ont précédé l'achèvement.
Lorsque toutes les conditions pour cela sont remplies, il est rare qu'on
conteste les engagements ontologiques des chercheurs scientifiques
au nom du fait, évident, que leurs entités se laissent seulement
connaître comme phénomènes, à la fin d'une histoire
performative et intellectuelle complexe. (...) En psychanalyse, l'écart
par rapport à la science classique de la nature est encore plus
grand. S'il est vrai que se prêter a postériori à soi-même
des désirs et représentations inconscientes est partie intégrante
de l'efficacité de la cure, la condition centrale pour affranchir
cette auto-attribution de l'histoire qui y a conduit ne se trouve pas remplie.
L'"aveu" (ou auto-attribution) est en effet constitutivement tributaire,
comme on l'a vu, de l'autotransformation obtenue au décours d'une
histoire thérapeutique. Rien en permet de faire abstraction des
mutations psychiques que le patient a subies durant le processus curatif,
dans le contenu de la reconstruction rationnelle qu'il est disposé
à accepter en fin de parcours comme reflétant les structures
récurrentes de son propre psychisme. Quel que soit le pouvoir régulateur
d'une auto-attribution de motivation inconsciente au cours de la cure,
certaines conditions d'assertabilité de l'existence autonome d'un
"inconscient" font donc défaut. Le seul facteur qui a pu faire obstacle
quelque temps à la reconnaissance du manque de crédibilité
de cette assertion est sans doute la présence d'une boucle de rétroaction
entre la vertu cathartique de la cure psychanalytique et l'engagement ontologique
qu'elle implique. L'oeuvre transformatrice de la psychanalyse ne dépend-elle
pas dans une mesure non négligeable de sa capacité à
faire croire aux patients qui y ont recours, et qui participent de notre
culture, que la prétention de ses instances à l'existence
s'appuie sur des raisons du même ordre que celle des entités
de la science classique ?"
(Michel
BITBOL, chercheur au CNRS, chargé de cours à l'Université
Paris-1. in: "Physique et philosophie de l'esprit." Edition, Flammarion,
Paris, 2000. Page : 137-138.)
(1)
La confirmation positive, par observation, d'autres cygnes blancs, ne donne
aucune preuve définitive de la totalité du contenu et de
la base empirique de E : "Tous les cygnes sont blancs", pour le passé,
le présent et le futur. En fait, cette impossibilité tient
au fait que l'on ne peut observer "toute la partie du temps", mais seulement
une partie singulière, moyennant des conditions intiales d'observation.
On peut aussi construire des énoncés loufoques, de manière
purement verbale, comme nous pourrions dire : "sur Jupiter, il ne peut
pas ne pas y avoir de cygnes". (Ou par exemple, dans le cas de la psychanalyse
: "l'homme ne peut pas ne pas avoir un inconscient du type freudien").
Le premier énoncé interdit qu'il n'y ait pas de cygnes
qui vivent aussi sur Jupiter et peut donc être formulée à
l'aide de l'énoncé existentiel
au sens strict : "il y a
des cygnes sur Jupiter", ou dans le cas de la psychanalyse : "il
y a un inconscient du type freudien",
ou : "il y a
des névroses qui répondent aux critères de la psychanalyse".
Comme on le voit, ces énoncés existentiels
au sens strict sont irréfutables
: on ne peut, dans la totalité du temps, vérifier, sur Jupiter,
qu'il n'y a pas de cygne ou, dans le cas de la psychanalyse, qu'il
n'y a pas quelque chose qui confirme la théorie des névroses
ou de l'inconscient freudien, (car le fait
d'aller sur Jupiter aujourd'hui ou même dans un siècle et
ne pas réussir à observer un seul cygne blanc ne peut réfuter
l'énoncé : "il y a des cygnes blancs sur Jupiter", puisque
sans avoir précisé de conditions initiales strictes avant
d'être allé sur Jupiter nous pouvons toujours dire que si
nous n'avons observé aucun cygne c'est par manque de chance et que
l'observation des cygnes reste toujours possible pour une prochaine tentative.
En somme, ce n'est pas parce que nous n'aurons observé aucun cygne
blanc sur Jupiter aujourd'hui, qu'il n'y en aura pas demain ou dans un
millénaire, conformément à notre énoncé,
puisque notre énoncé "il y a des cygnes blancs sur Jupiter",
ne précise aucune coordonnées relatives au temps ou à
l'espace, comme nous l'avons déjà dit. Mais comme cela, et
ainsi que je veux le faire comprendre, on peut affirmer à peu
près tout et n'importe quoi. On pourrait même rétorquer
que l'absence d'atmosphère identique à l'atmosphère
terrestre sur Jupiter rendant impossible l'observation des cygnes ne peut
réfuter l'énoncé exitentiel "il y a des cygnes sur
Jupiter" puisqu'il est impossible de prédire avec une certitude
scientifique absolue de quoi sera faite l'atmosphère de Jupiter
dans, disons, quelques millénaires, et de savoir s'il ne sera pas
possible d'y faire nager des cygnes blancs...!)
mais on peut le(s) considérer comme "vérifiables(s) positivement",
et non certainement vérifiables(s) comme en psychanalyse, que l'on
ait déjà vu ou non au moins un cygne sur Jupiter, même
à un moment du passé, donc sous certaines conditions initiales
déduites d'une théorie universelle. En fait, on s'aperçoit
que ce qui pousse les psychanalystes à croire en l'universalité,
et donc en la réfutabilité de leurs théories, c'est
paradoxalement, leur croyance en la validité des inférences
inductives, lesquelles leur permettraient de valider ce qui confirme d'abord
positivement la conjecture : "il y a un inconscient" par l'observation
d'une ou plusieurs confirmations lues à la lumière de cette
conjecture, (observations qui ne peuvent donc être indépendantes
de la théorie qui permet de les relever, et qui ne sont donc
pas des essais de réfutations que la théorie à passé
avec succés) pour ensuite induire que l'énoncé universel
: "tous les hommes ont un inconscient du type freudien" est justifié
et même vérifié par une telle procédure logique.
Mais n'oublions pas que, même si le terme "inconscient" est un terme
universel, donc invérifiable, Freud a fait de la théorie
de l'inconscient une théorie universellement et absolument vérifiée,
grâce à la doctrine du déterminisme
mental prima faciae et absolu sur laquelle il se fonde pour affirmer
exclure tout hasard et tout non-sens psychique dans tout ce qui relève
d'une causalité inconsciente).
(2)
Le lecteur plus intéressé sur la façon dont "progresse"
réellement la psychanalyse pourra se référrer au livre
de Mikkel Borch-Jacobsen : "Folies à plusieurs", et au chapitre
intitulé : "Portrait du psychanalyste en caméléon".
Ce chapitre aborde la question cruciale directement : "Qu'est-ce qu'un
progrès en psychanalyse ?" et y répond. Il n'y a pas et il
ne peut y avoir de véritable progrès des théories
psychanalytiques. Borch-Jacobsen permet ainsi d'effacer la critique de
Grünbaum selon laquelle les théories cliniques de Freud aurait
été prétendument falsifiables : "L'histoire de la
psychanalyse est celle d'un perpétuel conflit d'interprétations
- libido contre protestation virile; Oedipe contre trauma de la naissance,
inceste fantasmé contre abus sexuel réel, mère
préoedipienne contre père symbolique, etc. - et il serait
vain de vouloir chercher dans ces controverses un quelconque développement
cumulatif. Ce qui est présenté comme "progrès de la
psychanalyse" n'est plus souvent que la dernière interprétation
en date ou la plus acceptable dans un contexte institutionnel historique
et culturel donné." (Mikkel Borch-Jacobsen. In : "Folies à
plusieurs." Edition : empêcheurs de penser en rond. Page : 315.