LE TEMPS DES CHARLATANS.



 

                Chers internautes, Le Ministre de la Santé Publique, Monsieur Philippe Douste-Blazy, vient d'éradiquer le rapport de l'INSERM sur l'évaluation des psychothérapies, rapport pourtant attendu et plebiscité par les usagers. Ce rapport démontrait, méthode scientifique à l'appui, que les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) avaient une efficacité nettement supérieure aux thérapies issues de la psychanalyse. A sa sortie, ce fut donc une giffle magistrale infligée aux freudiens et aux lacaniens, qui, n'hésitant pas, devant leurs malades, à faire passer la pilule de la scientificité pour vendre leur philtre, n'ont pas rechigné à conspuer et à vomir cette expertise pourtant réalisée par un organisme scientifique de très haut niveau et qui jouit depuis longtemps d'une reconnaissance internationale. Comment ne pas se rendre compte, en effet, de l'énorme contradiction, de ceux qui, en même temps ont toujours revendiqué le label de scientificité (Madame Roudinesco en tête) et qui se sont élevés avec tellement de violence contre cette expertise scientifique ! Voilà bien une situation typique où les charlatans se trouvent, si l'on peut dire, pris la main dans le sac, ou au piège de leurs anciennes revendications de scientificité : comment faire honorablement volte face si ce n'est en singeant une juste colère ?
                Il n'est donc pas permis d'évaluer la psychanalyse, c'est une sorte de discipline-totem devant laquelle il faut se prosterner sous peine de se voir traiter d'affreux techno-scientiste, voire de névrosé résistant, ou de je ne sais quel partisan d'un totalitarisme anti-humaniste. Seuls les analysés, endoctrinés  par leurs thérapeutes par le biais du transfert, reçoivent la lumière, et, transformés en benni oui-oui tout juste bons à répéter que "l'analyse leur a sauvé la vie", sont dignes de produire des  "évaluations"  de la thérapie, les autres sont rangés au goulag des "quérulents processifs" ou autres "névrosés résistants". Au diable, donc, l'objectivité.
                Par son acte, le Ministre de la Santé intronise dans notre belle France, la psychanalyse au rang de déesse immaculée et intouchable de la santé mentale, il conforte aussi, ce que l'on est en droit, dès lors, d'affirmer : si l'on a pas le droit de l'évaluer tout en subissant son pouvoir, c'est que la psychanalyse et le freudisme aspirent à un contrôle  totalitaire sur la santé mentale en France (entre autres choses).
                Cette minorité corporatiste qu'est la gent psychanalytique a donc réaffirmé son  pouvoir de décision, en France, sur la Santé Mentale. Mais ceci est inacceptable d'un point de vue démocratique. Car ce qui est admissible c'est ce qui est décidé dans le sens de l'Utilité Publique, c'est-à-dire, pour le bonheur du plus grand nombre. Or, il serait particulièrement faux, voire grotesque, d'assimiler le bonheur du plus grand nombre des usagers des différentes thérapies relevant de la santé mentale, aux inquiétudes corporatistes de ces soit-disants défenseurs de l'humanisme et du bonheur psychique de leurs adeptes. S'ils se sont érigés en croisés défenseurs de leur religion, ils l'ont fait, que l'on s'en souvienne, dans le mépris total de l'intérêt des usagers, qui eux, étaient depuis longtemps dans l'attente d'une telle expertise scientifique. Monsieur Douste-Blazy, a donc cédé, et c'est scandaleux, à un groupe de pression dirigé par quelques intellos en révolte contre le rationnalisme critique.

                Désormais, si  la voie de la science  est d'emblée exclue pour accéder à cette divinité qu'est la psychanalyse, c'est donc la voie du mysticisme qui est requise pour accéder au mythe. La psychanalyse s'affiche donc au grand jour comme un mythe incontestable scientifiquement. Si la chose était peu avouable (et pourtant déjà avouée par Freud à son époque), elle est maintenant clairement assumée et revendiquée. Mais dans ces conditions, en quoi les rapports que nous aurons avec cette "chose"  seront-ils différents de ceux entretenus avec la scientologie ?

            Les extraits d'articles de presse qui suivent notre commentaire font état de la situation. Il faut les lire, car ils sont symptomatiques de ce qu'il y a de pourri, aujourd'hui dans notre pays.
 
 



Douste-Blazy rallume la guerre intestine entre les"psys". Par Cyrille Louis, Le Monde le 9 février 2005.
 

Et Philippe Douste-Blazy déclara sa flamme à la psychanalyse
LE MONDE | 07.02.05 | 14h13
Il ne lui a fallu que quelques mots pour faire chavirer la salle. Déjà, en évoquant "la psychanalyse, née du génie de Freud", ou ces "grands Français" qu'étaient Marie Bonaparte ou Jacques Lacan, il l'avait fait soupirer d'aise. Aussi quand Philippe Douste-Blazy a expliqué, samedi 5 février, au Forum des psys, à la Mutualité, que "le premier devoir d'une société est de reconnaître qu'il n'existe pas une seule réponse à la souffrance psychique", laquelle n'est "ni évaluable ni mesurable", il a fait un triomphe. Et c'est debout, l'applaudissant à tout rompre, que le millier de psychanalystes et de professionnels de la psychologie a salué le ministre de la santé quand il leur a annoncé qu'il avait "fait retirer du site du ministère" le rapport contesté de l'Inserm sur les psychothérapies (Le Monde du 6 octobre 2004) et qu'ils n'en "entendraient plus parler !".
(...)
Les Forums ont également dénoncé la fièvre évaluatrice qui semblait avoir saisi le ministère de la santé à propos de la prise en charge des troubles psychiques, et notamment le fameux rapport sur les psychothérapies de l'Inserm. Qualifié par ses détracteurs de "machine de guerre contre la psychanalyse", ce travail, paru en janvier 2004, comparait sans nuances les thérapies comportementales (courtes et centrées sur le symptôme) aux psychothérapies relationnelles (dont la psychanalyse) et décrétait la supériorité des premières sur les secondes. Alors que ses prédécesseurs, Jean-François Mattei et Bernard Kouchner, avaient relégué la psychanalyse au rang des vieilleries, lui préférant une approche biologisante du fait psychique qui privilégie la chimiothérapie et les thérapies comportementales, Philippe Douste-Blazy a clairement réaffirmé toute la légitimé de cette discipline centenaire. "Je sais que vous vous êtes sentis incompris et peu entendus. J'affirme solennellement que cette page est aujourd'hui tournée", a-t-il martelé.
(...)
Cécile Prieur. Le Monde. ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.02.05
 

"Psys": l'Inserm se dit "choqué" par le désaveu du ministre
LE MONDE | 09.02.05 | 14h13
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De mémoire de chercheur, c'est la première fois qu'un ministre de la santé conteste une expertise collective menée pendant près de deux ans par un organisme public, l'Inserm, à la demande de la direction générale de la santé (DGS). Lors de sa publication, en février 2004, la DGS avait d'ailleurs reconnu qu'il s'agissait d'un "bon travail".
"Je suis très étonnée et assez scandalisée par cette réaction. Nous avons travaillé comme d'habitude, en demandant à un groupe d'experts reconnus de mener une analyse critique rigoureuse de la littérature scientifique internationale consacrée à l'évaluation des psychothérapies", explique Jeanne Etiemble, directrice du centre d'expertise collective de l'Inserm.
(...)
"En prenant cette position, le ministre ne rend pas service à la profession, estime Jeanne Etiemble. Il faut informer les professionnels de santé et les patients sur le bilan des connaissances et ouvrir l'offre de soins." "A moins de dire que la littérature scientifique internationale ne vaut rien, sur quoi se fonde le ministre pour critiquer le rapport ?", s'interroge le neuropsychiatre Jean Cottraux, l'un des experts de l'Inserm, qui se dit "choqué" par cette attaque.
Sandrine Blanchard• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 10.02.05
 

Philippe Douste-Blazy au Forum des psys.
Samedi 5 février 2005 à la Maison de la Mutualité à Paris
Cher Jacques-Alain Miller, cher Bernard-Henri Lévy, chère Catherine Clément, Mesdames, Messieurs,
Il y a eu une question tout au long de la semaine. La question était la suivante : « En vous rendant au forum des psys savez vous bien où vous mettez les pieds ? » On m’a posé, très souvent, cette question. Eh bien, je voudrais tous vous rassurer : Je le sais.
Je sais que je suis dans un haut lieu de la contestation et du débat qui s’est révélé, l’an dernier, le lieu d’où sont sortis de multiples Forums, à travers la France.
Et, c’est, ici, précisément, que je veux dire qu’un ministre, sans nécessairement partager toutes vos thèses peut apprécier l’enthousiasme mis au service de la psychanalyse et des disciplines qu’elle a influencées : la psychiatrie humaniste, la psychologie clinique et la psychothérapie relationnelle.
Ce que je veux retenir de son histoire, c’est que la psychanalyse est née en langue allemande du génie d’un seul homme, Sigmund Freud. La France fut d’abord fermée, à son influence, sauf dans de petits cercles éclairés, dont celui des surréalistes.
Dans l’enracinement de la psychanalyse en France, comme dans la survie physique du fondateur, je veux dire, ici, une grande française, Marie Bonaparte, joua un rôle éminent en permettant, en particulier à Freud, d’échapper à la déportation nazie.
C’est, encore, un grand français qui a joué un rôle majeur dans la survie, cette fois, intellectuelle, de Freud : je veux parler de Jacques Lacan, rénovateur des études Freudiennes, continuateur du discours de Freud, et je salue, ici, la présence de sa fille, Judith.
(...)
(Applaudissements).
Le propre de la santé mentale est qu’elle doit faire face à la souffrance née du plus intime. Face à cette souffrance secrète, indicible, le premier devoir d’une société, fondée sur les solidarités, mais aussi, et surtout, sur les libertés, est de reconnaître qu’il ne saurait y avoir un seul type de réponse. La souffrance psychique est difficilement communicable, elle n’est, en tous cas, ni évaluable, ni mesurable.
(Longs applaudissements).
J’ai compris à quel point vous avez été heurtés par la publication, début 2004, d’un certain rapport sur l’évaluation des psychothérapies. Son contenu et sa promotion vous ont, je le sais, particulièrement offensés. De plus, ce rapport avait été, à l’époque, placé sur le site Internet du ministère de la santé. Dès que ce fait m’a été signalé, cher Jacques-Alain Miller, je l’ai fait retirer du site. Vous n’en entendrez plus parler de la part du Ministère.
(Le public se lève : le ministre est acclamé).
(...)
 
 

PSYCHIATRIE En déjugeant un rapport de l'Inserm, le ministre a pris fait et cause pour les psychanalystes. Figaro, 9 février 2005
Douste-Blazy rallume la guerre intestine entre les «psys» Cyrille Louis
Quelle mouche a donc piqué Philippe Douste-Blazy ? Intervenant en clôture du Forum des psys organisé au théâtre de la Mutualité par le psychanalyste Jacques-Alain Miller, le ministre de la Santé a jeté samedi dernier un étrange pavé dans la mare en annonçant la mise au rebut d'un très officiel rapport d'expertise de l'Inserm sur les psychothérapies. (...)
L'origine de cette polémique remonte à 2001. Cette année-là, la direction générale de la Santé (DGS), aiguillonnée par deux grandes associations de malades mentaux – l'Unafam et la Fnap-psy –, demande à l'Inserm de réaliser une expertise collective sur les différents courants qui structurent la psychothérapie. «En sondant les 4 500 usagers que nous représentons, nous avions en effet le sentiment qu'ils étaient demandeurs d'une évaluation fiable des différentes approches existant», se souvient Claude Finkelstein, présidente de la Fnap-psy.
(...)
(...)début 2004, certains comportementalistes (...) assurent, avant même la publication du rapport, que l'Inserm s'apprête à plébisciter leur approche – au détriment des courants d'inspiration analytique. Un coup de force qui, malgré les efforts déployés par le directeur général de la santé, William Dab, pour calmer les esprits – en saluant «une première étape dans l'évaluation du service rendu par les psychothérapies» –, disqualifie l'étude. Pour les psychanalystes, celle-ci sera dès lors perçue comme «une machine de guerre» mise sur pied par les détracteurs des thérapies au long cours. Et l'Inserm devient l'ennemi numéro un.
(...)
Tandis que la direction générale de l'Inserm planchait hier sur un projet de réponse aux propos du ministre, Jeanne Étiemble, responsable du centre d'expertise collectif de l'institut, a expliqué au Figaro : «Ce rapport est un travail de bibliographie extrêmement basique et rigoureux, qui peut difficilement être assimilé à un règlement de comptes. L'Inserm est incontestablement dans sa mission en produisant des connaissances à la demande des pouvoirs publics. Quant au ministre de la Santé, sa mission est différente et il est évidemment libre de ne pas reprendre nos expertises à son compte.»
 

Le document contesté était favorable aux thérapies comportementales
Casse-tête pour évaluer l'efficacité des traitements
Catherine Petitnicolas [09 février 2005]
Un an après sa publication, le rapport de l'Inserm sur l'évaluation des psychothérapies (nos éditions du 27 février 2004) suscite un regain de polémiques. Déjà contesté à sa sortie, ce rapport avait tenté d'évaluer le plus «scientifiquement» possible – une sacrée gageure – les trois principales thérapies – psychothérapies psychanalytiques (travail sur l'inconscient), thérapies familiales (afin d'alléger les difficultés du patient, en partie liées aux interactions du groupe familial) et TCC pour thérapies cognitivo-comportementales (elles s'appuient sur les théories de l'apprentissage et du conditionnement). Avec au final, un triomphe pour les TCC, suscitant un flot d'indignations des tenants des autres courants, accusant pour certains le rapport de véhiculer «l'idéologie à la mode, hygiéniste et sécuritaire.»
La décision de Philippe Douste-Blazy de retirer ce rapport du site web du Ministère a été saluée par une ovation des 1 200 psychanalystes et professionnels de la psychologie, acquis à la cause, réunis samedi à la Mutualité à Paris. «Douste renverse d'un coup l'orientation de son administration, du moins celle des terroristes évaluateurs», a résumé d'une formule lapidaire l'organisateur du Forum, Jacques-Alain Miller, chef de file de l'Ecole de la cause freudienne.
«Certes ce rapport de l'Inserm était par trop manichéen et donneur de leçons», analyse pour sa part le professeur Pierre Angel, directeur du Centre Monceau axé sur les thérapies familiales et professeur de psychopathologie à l'université Paris-VIII. «Mais toute la difficulté de l'évaluation des psychothérapies, c'est de trouver une méthodologie adéquate pour le faire. C'est encore possible pour quantifier les résultats des TCC dont l'objectif est relativement simple et bref, axé sur un changement de comportement, poursuit-il. Mais c'est beaucoup moins évident pour les techniques psychanalytiques. Il n'est pas facile d'introduire un tiers évaluateur dans une relation, cela modifie bien des choses.»
De nombreux psychiatres avaient à ce propos critiqué la méthode utilisée par les experts de l'Inserm, fondée sur l'Evidence Based Medicine (la médecine basée sur les preuves) chère aux Anglo-Saxons. Or cette dernière n'est guère adaptée à l'objet étudié. (...)
 

La réaction des familles de malades
Jean Canneva : «Je m'étonne de la décision du ministre»
Président de l'Union nationale des amis et des familles de malades psychiques (Unafam), Jean Canneva réagit à la décision prise par le ministre de la Santé.
Propos recueillis par C. L. [09 février 2005]
LE FIGARO. – Que vous inspire la mise au rebut de cette expertise collective ?
Jean CANNEVA. – Je m'étonne de cette décision. Le rapport produit par l'Inserm est une revue de la littérature scientifique portant sur divers types de psychothérapie. Il s'agit d'un travail sérieux, objectif et qui, de surcroît, ne prétend pas à l'exhaustivité. C'est le genre d'études dont nous, proches de malades, sommes très demandeurs. Je ne vois là rien d'agressif pour qui que ce soit.
Ses détracteurs prétendent pourtant que ce rapport constitue une véritable «machine de guerre contre la psychanalyse».
Je ne pense pas qu'on puisse dire cela. Il est vrai que les psychothérapies dites «humanistes», et notamment celles d'inspiration analytique, ont été moins étudiées par la littérature scientifique parce qu'elles n'obéissent pas à une procédure précise. Il faut d'ailleurs indiquer que certains psychanalystes sont les premiers à refuser de voir leur travail évalué scientifiquement. Du coup, il est vrai que leur approche est peu représentée dans le rapport de l'Inserm. Mais ce n'est pas une raison pour refuser que les données existant sur d'autres formes de thérapie soient publiées – même si je comprends que le ministre de la Santé ait intérêt, lors d'une réunion, à se mettre bien avec les psychanalystes. De toute façon, ce n'est pas en supprimant ce rapport d'un site Internet qu'on va le faire disparaître. (...)


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