Quand la Justice se fait Œdipe

"Justice aveugle", in La nef des fous de Sébastien Grant, image extraite du site Gallica


Elisabeth Roudinesco vient de gagner les procès que lui avaient intentés respectivement le psychologue clinicien Jacques Bénesteau pour diffamation et le Club de l'Horloge, pour le même motif, la "grande" presse française (voir par exemple Le Monde ou L'Humanité) ayant sournoisement mêlé les deux affaires pour la bonne cause... freudienne. Tout commence avec un article paru en juin 2004 dans la revue Les Temps modernes et intitulé "Le Club de l'Horloge et la psychanalyse : chronique d'un antisémitisme masqué" dans lequel Madame Roudinesco attaque les Mensonges freudiens de Jacques Bénesteau et accuse ce dernier de se livrer dans son ouvrage à une abjecte négation de l'antisémitisme qui sévissait à Vienne à l'époque de Freud. Evidemment, quiconque a lu le livre de Bénesteau - ayant reçu par ailleurs à l'unanimité le prix de la Société Française d'Histoire de la Médecine en mars 2003 - sait que Madame Roudinesco fabule du début à la fin. L'argument de l'antisémitisme fait partie des derniers tours dissimulés dans les manches des psychanalystes lorsqu'ils sont acculés par les faits. La tradition remonte à Freud, qui a savamment utilisé son identité juive - lui ayant malheureusement valu les persécutions des nazis - pour crier au loup dès lors qu'un importun se hasardait à critiquer la psychanalyse. Et c'est depuis ce temps-là que les psychanalystes alternent les phases où ils vantent l'universalité de leur discipline avec celles où ils rappellent à qui veut l'entendre son statut de "science juive", histoire de noyer le poisson et les êtres impressionnables dans un océan de culpabilité, lorsque la réalité confronte nos zélateurs freudiens à l'inanité de leurs théories. Il n'en reste pas moins qu'accuser quelqu'un d'antisémitisme sans l'ombre d'une preuve plus convaincante qu'un préfacier revêtu de la 'mauvaise' couleur politique ou que des montages de texte éhontés, relève bel et bien de la diffamation pure et simple. Sans doute le tribunal correctionnel de Paris a-t-il réécrit l'histoire du droit afin de n'avoir pas à se crever les yeux en relisant la loi du 29 juillet 1881 relative à la diffamation par voie de presse et dont je vais me faire un plaisir de vous citer un passage significatif, en l'occurrence l'article 29 :

Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation. La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés, mais dont l'identification est rendue possible par les termes des discours, cris, menaces, écrits ou imprimés, placards ou affiches incriminés.

Toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l'imputation d'aucun fait est une injure.

Loïc Talmon

Référence de l'article : Talmon, Loïc. Quand la Justice se fait Œdipe.[en ligne]. 4 Juin 2005. Disponible sur : <http://vdrp.chez.tiscali.fr/...>.


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